Quantcast
Un défilé de mode n'est pas qu'un va-et-vient

Dormir, baiser mais pas que. Les chambres d’hôtels peuvent aussi se transformer en catwalks expérimentaux.

Quoi de plus chiant qu’un défilé de mode ? Ses peoples insupportables, son microcosme pédant et élitiste, ses blogueuses hystériques qui mitraillent de photos pour accompagner des tweets trahissant bien souvent leurs lacunes en orthographe — sans parler des coulisses de l’industrie qui sont à déplorer. Certes la recherche et le travail effectué par les créateurs sur les matières et les tissus n’est pas à négliger et peut être digne de louanges, mais il n’en reste pas moins que ça peut devenir très, très (très) vite ennuyant de se coltiner une série de va-et-vient avec, comme voisin, une pseudo-star déchue qui commente chaque passage. 

Je ne souhaite à personne de subir ça et l’artiste multidisciplinaire de Chicago Sarah Weis non plus. Sa dernière série de créations, minimalist bedroom, déconstruit la linéarité platonique du défilé de mode tel qu’on le connaît. Inspiré par la chambre de l’artiste, ce projet explore les frontières entre art et mode pour offrir une performance évolutive ainsi que de nouvelles perspectives qui décontextualisent le runway classique et le déporte dans une chambre d’hôtel. 

“J'ai commencé à travailler il y a quelque temps sur cette installation/espace d'exposition expérimental dans ma chambre à Chicago,” dit Sarah Weis à The Creators Project. “Petit à petit, j'ai décidé d'en faire une série modulable et exportable qui pourrait contenir et explorer un large panel de mediums, projections, sons, objets, défilés de mode, performances, etc.”

Déjà présentée dans une première itération en décembre dernier à l’hôtel Delano pendant Art Basel Miami Beach 2015, la plus récente version de cette installation, minimalist bedroom BOYS, embarquait le spectateur au cœur d’un conte hyper-fashion super louche, mi-sci-fi mi-glamour, où la masculinité est mise en avant. “Je ne sais pas trop comment ç'est arrivé, naturellement je pense, mais j'ai presque toujours travaillé avec des assistants de sexe masculin”, nous explique-t-elle. “J'ai besoin d'au moins deux assistants avec moi quand je crée ces chambres customisées et comme cette dernière présentation se déroulait durant la Fashion Week Homme, j'ai décidé d'utiliser cette opportunité pour mettre le focus sur eux”.

La chambre était ouverte une poignée de jours le mois dernier durant la Fashion Week SS17 de Paris et transformait une suite de La Maison Champs Elysée conçue par la Maison Margiela en un lieu de méta-performance à la fois théâtrale et absurde. “J'ai tout d'abord cherché et trouvé la chambre d'hôtel parfaite qui pourrait agir en tant qu'endosquelette de ma performance. Celle-ci était pensée par Maison Margiela, une maison de mode que j'admire tant par son esthétique que par ses concepts”, nous explique-t-elle encore. “J'ai ensuite commencé à visualiser mes modifications à l'espace et parlé aux deux designers de mode à propos des concepts et des matériaux pour les guider dans leurs processus créatifs. Dans le même laps de temps, je discutai également avec mon artiste sonore pour qu'elle puisse intégrer harmonieusement sa trame à l'œuvre. Tous les éléments étaient étroitement liés.”

Au-delà de l'environnement et l’aspect scénographique, cette version de l’œuvre mettait en vedette l’artiste et deux performeurs portants “aluminum-ement” bien les créations des designers américains Maegan Stracy et Rebirth Garments. Notez que pour profiter de ce spectacle improbable et intimiste vous deviez prendre rendez-vous avec l’artiste. Enfin, le tout était appuyé par une trame sonore de Lily (anciennement Ultrademon), en plus de contenus vidéo créés par Geoffrey Pugen.

Si vous avez la chance d’être à Chicago durant l’expo en septembre ou à Paris pour la prochaine Fashion Week femme, vous pourrez explorer la chambre de l’artiste. “Je planifie aussi de faire Art Basel Miami Beach en décembre avant de commencer à explorer de nouvelles villes en 2017. C'est ça mon plan”, nous dit-elle. “Là, je suis actuellement au Japon avec Lily, mon artiste sonore, et nous regardons pour de possibles espaces à exploiter le printemps prochain. Dans l'idéal, j'aimerais créer une chambre tous les deux mois dans une ville différente tout en continuant à travailler avec ma chambre originale,” conclut Weis.

Apprenez-en plus sur le travail de Sarah Weis en cliquant ici. Découvrez aussi la bande-originale du défilé ci-dessous :