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Néfertiti s’est fait hacker

Des artistes allemands ont scanné clandestinement son buste. Vous pouvez désormais le télécharger et l'imprimer en 3D chez vous.

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Néfertiti est soigneusement gardée dans sa cage de verre du Neues Museum à Berlin. Si les mystères qui entourent la découverte et l’exportation en Allemagne de ce buste vieux de 3000 ans demeurent entiers, c’est la polémique autour de son exposition et de sa diffusion qui a poussé deux artistes allemands à copier clandestinement la représentation iconique de la célèbre reine égyptienne. Le Neues Museum conserve en effet farouchement cette pièce maîtresse de sa collection, exposée dans une salle à part : il refuse les réclamations répétées de l'Égypte pour la récupérer – qui n’a jamais pu admirer ce joyau de son patrimoine culturel sur son sol depuis son départ en 1913 dans les valises de l’archéologue Ludwig Borchardt – et interdit même l’accès à ses données numériques.

Nora Al-Badri et Jan Nikolai Nelles sont donc allés rendre visite à la reine, équipés de scanners portables glissés sous le manteau et ont déjoué la surveillance des gardiens du musée pour prendre une copie numérique du buste en question. Ils ont ensuite mis à disposition les données d’impression 3D sur le site Nefertiti Hack avec pour objectif de « rendre les objets culturels accessibles au grand public ». La représentation de l’épouse d’Akhénaton est donc désormais disponible sous licence Creative Commons.

Le fameux buste et son double numérique via

Pour faire parler de ce projet, « The Other Nefertiti », Al-Badri et Nelles ont poussé le vice jusqu’à publier une fausse découverte de la tête de Néfertiti. On y voit, grâce à ce qui semble être une caméra embarquée, une mise en scène réaliste de fouilles, basée sur des « vidéos de fouilles illégales qui sont mises en ligne par les pilleurs eux-mêmes pour montrer leurs découvertes », explique Nora Al-Badri à Makery. Ils en ont, en outre, réalisé une reproduction en résine polymère blanche, exposée à la biennale off Something Else au Caire en décembre dernier, offrant ainsi aux Égyptiens la possibilité de contempler « la réplique la plus parfaite réalisé à ce jour ».

Capture d'écran via

Appuyés par des chercheurs, des experts et des historiens engagés, l’acte est loin d’être anodin. Si les deux Allemands n’ignorent pas les risques d’utilisation à mauvais escient, ce hacking sert des revendications post-coloniales : « La tête de Néfertiti représente le pillage et le vol des oeuvres archéologiques qui a encore lieu aujourd’hui en Syrie, en Irak et en Égypte. Cette mémoire culturelle du Sud global dont on retrouve une grande part dans les musées occidentaux ou les collections privées. Nous devons regarder en face le fait que les structures coloniales perdurent et produisent toujours leurs luttes symboliques », selon des propos recueillis par Le Monde.

Nefertiti Hack Reduced par Julio Iglesias sur Sketchfab

Si vous voulez vous aussi avoir Néfertiti à la maison, c'est par . Et pour en savoir plus sur Nora Al-Badri et Jan Nikolai Nelles, c'est ici et ici.